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Conférence TL 2016

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Compte-rendu de la conférence donnée le jeudi 2 juin 2016 par l'atelier de philosophie

sur le sujet :

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« Le désir amoureux ne poursuit-il pas la seule satisfaction sexuelle ? »

 

Membres de l'atelier 2015-2016 : Melle Levenez Marion, Melle Wavrant Clara, Melle Montegut Sarah, Mr Lepetit Léo, Mr

Jouffroy Tom, Mr Fournier Pierre, Mr Vazia Victor & Melle Anbari Oumayma.

 

Professeur référent : Mr El Gatéa.

 (De gauche à droite : l'atelier à l'ouvrage : Mr Jouffroy, Mr Lepetit, Melle Levenez, Mr Fournier, Melle Wavrant & Melle Montegut)

 

Après une présentation faite par Melle Levenez de l'atelier de philosophie et de l'opportunité de traiter en toute autonomie un sujet unanimement choisi malgré sa nature « polémique », l'introduction est inaugurée par Mr Jouffroy et Mr Lepetit.

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Qu'est-ce que tout d'abord que l'amour, et n'est-ce pas une illusion ? L'amour est souvent envisagé comme la passion humaine la plus élevée, la plus noble mais aussi la plus violente et la plus dramatique : celle qui peut déchirer les hommes, qui peut soulever les montagnes et renverser les États. Mais qu'en est-il réellement, et l'amour est-il véritablement pur et désintéressé ou n'est-il en définitive qu'une illusion qui cache de simples impulsions biologiques ? L'homme est un être de désirs et de pulsions, et sa sexualité est plus complexe que celle de l'animal. En effet, la spécificité de la sexualité humaine par rapport à la sexualité animale, c'est qu'elle est riche et libre et peut se détacher de l'instinct ayant pour visée naturelle le renouvellement de l'espèce par la procréation. La sexualité humaine est en effet non seulement complexe mais aussi gratuite au sens où ce n'est pas la fin naturelle de la procréation qui est toujours visée mais le moyen lui-même permettant d'y accéder, à savoir le plaisir. Le désir amoureux n'est-il pas la simple manifestation de cette sexualité libre du corps humain, et comment définir par ailleurs le désir amoureux ? La notion de désir est éclaircie par Melle Wavrant et Melle Montegut : le désir peut être défini comme une tendance qui part d'un manque, et le désir amoureux serait a priori ce manque d'un autre qui pourrait combler nos attentes ; la solitude étant vue comme tragique, déprimante et même contre-nature. Mais pourquoi désirons-nous vivre à deux, et pourquoi choisissons-nous celui-ci et non celui-là ? N'est-ce pas la seule pulsion sexuelle qui nous détermine, et n'est-ce pas parce que telle personne nous attire irrésistiblement plus qu'une autre que nous croyons l'aimer d'un amour pur et sincère ? Doit-on véritablement dévaloriser l'idéal d'un amour pur et désintéressé en faisant de l'amour un simple prétexte pour faire jouer nos pulsions sexuelles aveugles ?

 (Gustav Klimt et « Le baiser »: quel est le sens du désir amoureux ?)

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La première partie est défendue par Melle Wavrant et Melle Levenez Il s'agit ici de montrer que le désir sexuel est un aveuglement orienté vers la jouissance terrestre ; aveuglement car l'appétit sexuel nous détourne de la vie contemplative mais aussi de l'autre comme esprit ayant une dignité morale. La distinction est faite entre une vue pornographique de l'autre qui le réduit à un objet à manipuler et à exploiter pour sa propre gratification sexuelle et une image érotique de l'autre qui préserve son humanité tout en recherchant un plaisir partagé. La référence implicite de Melle Wavrant est ici l'essai de Michela Marzano, « La pornographie ou l'épuisement du désir ». La sexualité n'a en soi rien de condamnable si elle est vécue comme cette rencontre avec l'autre comme sujet humain dont le corps est à célébrer dans la patience et l'affectivité. D'ailleurs réprimer ses tendances sexuelles ne peut que conduire à des comportements pathologiques et déviants comme dans « La religieuse » de Diderot où les sœurs d'un couvent, moralement tenues par le code et les rites religieux, tombent malgré elles dans la dissimulation, la méchanceté et la perversité. Non assouvie, la pulsion sexuelle engendre névroses et vices.

 

Cependant, reconnaît Melle Levenez,nous vivons aujourd'hui dans une époque de surexcitation sexuelle où les outils technologiques de transmission rapide des images et des informations faussent souvent le jugement sur le sens de la sexualité. Conditionnée en permanence par des images violentes et sexuelles, la jeunesse est exposée à un grand péril : celui de ne plus pouvoir, une fois adulte, engager une relation véritablement amoureuse et ceci par confusion faite entre une sexualité instantanée de l'objet du corps conquis et un érotisme patient du sujet du corps à conquérir. Avec « Les liaisons dangereuses » de Pierre Choderlos de Laclos, nous pouvons entrevoir les ravages que peut produire une sexualité comme pur jeu gratuit sur une jeune conscience. Envoûté par le Vicomte de Valmont qui a été mandaté par Mme de Merteuil, Cécile de Volanges perdra non seulement sa virginité, se retrouvera enceinte, fera une fausse couche mais deviendra aussi experte en « jeux érotiques » c'est-à-dire ici en « jeux pornographiques ». La sexualité prise comme fin en soi devient un pouvoir de corruption et de manipulation des esprits ; esprits qui, n'ayant pas la résistance critique suffisante, se perdront nécessairement eux-mêmes dans la consommation immédiate des corps. On devrait penser alors que seul « l'amour-fou » est valable, l'amour exclusif que l'on ne maîtrise pas et qui traduirait ainsi toute la force authentique du sentiment. Une sexualité mécanique sans épaisseur amoureuse étant une négation de l'autre devenant un simple objet, l'amour dans son sens plein de passion pourrait peut-être faire de la relation à un être aimé une relation vécue et profonde. Or le propre de la passion est d'aveugler la raison et d'enflammer l'imagination. L'homme passionné devient un « autre » que lui-même : il se détruit et entraîne l'autre dans sa destruction. Dans « Madame Bovary » de Gustave Flaubert, Charles Bovary est un médecin médiocre éperdument amoureux de sa femme Emma qui le trompe pourtant avec un gentilhomme superficiel Rodolphe. À la fin du roman, lorsqu'Emma se suicide à l'arsenic, Charles restera à son chevet, lui pardonnera ses infidélités, puis mourra finalement de chagrin et d'amour, seul sur un banc laissant sa fille Berthe orpheline. L'amour passionnel est destructeur de soi et de l'autre : il nous détermine à souffrir et à faire souffrir l'autre.

(la passion amoureuse : grotesque et mortelle dans le « Madame Bovary » de Claude Chabrol avec Charles, incarné par l'acteur Jean-François Balmer)

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La deuxième partie débute avec pour transition l'idée que l'homme doit préserver sa dignité (contre la pulsion animale qui abaisse) et son autonomie (contre la passion amoureuse qui aliène) de sujet moral en luttant contre les tendances de son corps. Melle Montegut et Mr Fournier défendent ainsi la thèse selon laquelle le désir amoureux est prioritairement une quête spirituelle : la recherche d'un idéal moral en l'autre. La perspective de Melle Montegut sera philosophique avec « Le banquet » de Platon et la perspective de Mr Fournier sera littéraire avec le chapitre 28 du livre I des « Essais » de Montaigne. Pour être pleinement épanoui, l'homme doit rechercher, par le désir amoureux, l'élévation morale. C'est ainsi que nous pourrons rendre toute sa noblesse au sentiment amoureux et réinstaller un lien de respect entre deux êtres qui s'aiment pour une valeur plus haute que la simple satisfaction des corps. On peut ici nous appuyer sur deux mythes ; tout d'abord, le mythe d'Aristophane ou « le mythe de l'androgyne ». À l'origine, les êtres humains étaient regroupés en trois genres : le genre mâle constitué de deux parties mâles, le genre femelle constitué de deux parties femelles, et le genre androgyne constitué d'une partie mâle et d'une partie femelle. Ces êtres étaient si puissants qu'ils tentèrent d'escalader le mont de l'Olympe pour rejoindre les Dieux. Zeus les punit pour cet orgueil en les affaiblissant : il les rendit mortels, les coupa en deux et inventa la procréation par accouplement du mâle avec la femelle pour la perpétuation de l'espèce. L'interprétation de ce mythe est claire : le désir amoureux ne poursuit pas la satisfaction sexuelle avec un corps quelconque en multipliant les conquêtes car, en réalité, un seul être nous est destiné. L'amour n'est pas un épanchement sexuel épars mais une poursuite de notre partie manquante pour retrouver l'union jadis perdue et ne plus être malheureux et incomplet. Dans ce mythe, l'acte sexuel n'est pas envisagé comme une finalité en soi. Les ébats « sexuels » sont prioritairement des ébats amoureux qui symbolisent la joie renouvelée des retrouvailles affectives avec notre moi perdu. Et s'il y a bien une sexualité affective et une procréation pour les êtres appartenant au genre de l'androgyne, il peut y avoir aussi une sexualité affective sans procréation pour les deux autres êtres appartenant au genre mâle ou femelle.

 

(le mythe de l'androgyne dans « Le banquet » de Platon : le bonheur retrouvé de l'autre apparenté)

 

Platon se servira cependant d'un autre mythe pour nous livrer sa propre vision de l'amour qui doit, selon lui, favoriser le perfectionnement de soi et de l'autre. Ce mythe relaté par Socrate est le mythe de Diotime ou « le mythe de la naissance de l'amour ». Diotime était une prêtresse qui aurait initié Socrate aux « mystères » de l'amour. La nature du génie de l'amour est mixte : Éros est né le jour de la naissance d'Aphrodite, il est une synthèse entre son père qui veut beaucoup (Poros) et sa mère (Pénia) qui n'a rien c'est-à-dire que c'est toujours par conscience d'un manque que nous aimons et c'est cette conscience d'un manque qui nous pousse au progrès. Éros est un élan spirituel vers les Idées, une tension qui nous emporte vers ce qui est beau en l'autre, vers ce qui est vertueux et ce qui est vrai. Pour Melle Montegut, l'amour véritable brise ainsi le monde des apparences et des corps, il permet de s'enrichir de l'autre, d'apprendre de lui et de lui donner beaucoup en retour, alors que la simple relation sexuelle ne débouche sur rien d'autres que le vide et la stérilité de la jouissance éphémère d'un corps physique sans âme.

Nous avons, à travers l'amitié, l'exemple même d'une relation privilégiée entre deux individus où le désir sexuel ne joue aucun rôle, où la suppression de la sexualité peut enfin délivrer un rapport pur et désintéressé. Mais si le désir sexuel n'apparaît pas dans l'amitié, cela ne signifie pas pour autant que des amis authentiques ne ressentent pas l'un pour l'autre une forte affectivité, un fort attachement qui relève bien de l'amour et peut même dépasser l'intensité de la passion entre deux amants. Les amis réels pourraient même se sacrifier l'un pour l'autre, pourraient compromettre leur bonheur individuel uniquement pour le bien de l'autre. L'amitié entre Montaigne et Étienne de la Boétie était une amitié rare, et elle est décrite par Montaigne lui-même comme un coup du sort, une volonté du destin qui a fait naître un sentiment amical inexplicable entre deux écrivains qui se sont directement reconnus, et qui ont partagé presque naturellement des pensées et des humeurs communes. C'était en 1558 lors d'une fête à Bordeaux qu'il fit la rencontre de La Boétie et, sans raison, ils se comprirent immédiatement comme s'ils s'étaient toujours connus. Pour Mr Fournier, il est aujourd'hui ordinaire de considérer qu'avoir des amis, c'est avoir des connaissances ; des connaissances « utiles » pour passer le temps, pour s'amuser et discuter et ceci sans pour autant s'impliquer affectivement avec l'une ou l'autre de ces connaissances. On parlerait alors d' « amitiés communes » car, au final, ces amis en question ne sont que de simples relations qui n'importent pas véritablement ou qui n'ont de valeur que le temps de l'amusement en commun. Montaigne va ainsi opposer l'amitié comme simple commodité d'usage à l'amitié comme marque du destin réunissant deux êtres faits l'un pour l'autre. Une véritable amitié serait due à un sentiment inexplicable entre deux âmes qui se mélangeraient, se confondraient et ce mélange serait universel et réunirait à jamais deux êtres dans un seul et même tout. La raison de l'amitié profonde échappe à toute raison et, on aura beau se questionner et questionner l'autre, aucune réponse ne sera satisfaisante pour expliquer la raison du lien amical. Cette amitié parfaite qu'a connue Montaigne avec La Boétie était une « amitié particulière », sans égoïsme ou intérêts bassement matériels, une amitié exceptionnelle qui ne peut que durer dans le temps, et même échapper à la limitation temporelle en s'inscrivant dans l'éternité. L'amitié est certes peut-être « utile » à la vie mais reste surtout une relation sacrée et durable bien supérieure à la relation amoureuse qui est sans cesse remise en cause par les diktats du désir sexuel.

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La troisième partie se voudra plus polémique, sa destination sera de remettre en cause le caractère désintéressé de l'amour en partant des faits physiologiques et biologiques. Pour Mr Jouffroy et Mr Lepetit, la pulsion sexuelle serait extérieurement déterminante, elle révélerait d'ailleurs toute la dynamique du corps, une dynamique créatrice au-delà du bien et du mal. La pulsion sexuelle l'emporte dans la relation amoureuse et contredit l'idéal d'un amour désintéressé et spirituel. Le désir sexuel est cette impulsion qui soumet le corps à ses instincts les plus primaires : à savoir la recherche de la jouissance dans l'acte sexuel. C'est cette pulsion corporelle qui nous rapprochent des animaux. Effectivement, notre corps, soit la partie matérielle de notre être, est la partie qui nous rattache à nos instincts primaires d'animaux. C'est cette même pulsion qui nous poussera à assouvir par tous les moyens nos désirs sexuels et qui déterminera l'homme à agir contre toute loi morale, et à perpétrer par exemple un viol. C'est ici, la forme la plus primaire et méprisable de notre être souligne Mr Jouffroy, c'est cette nature pulsionnelle et incontrôlable qui peut transgresser la loi morale et les lois humaines. L'homme ne saurait éprouver un amour spirituel désintéressé puisqu'il est spontanément conditionné par la brutalité de ses pulsions. Cependant, il y a une distinction à faire entre les hommes qui succombent à leur désir et les animaux : les animaux ne ressentent aucun plaisir libre, et visent la simple procréation. Ce qui n'est pas le cas d'un homme soumis à ses désirs dont la finalité est d'atteindre le plaisir pour lui-même, indépendamment de toute visée procréatrice. L'homme peut néanmoins succomber à ses désirs pour cette même raison naturelle et légitime de procréation pour la pérennisation de l’espèce humaine ; instinct naturel qui ne va à l'encontre d'aucune loi ou qui doit plutôt être envisagé en dehors de tout décret humain ou de tout commandement moral.

« Ne pourrions-nous pas alors considérer que le désir amoureux n'est qu'un écran de fumée, un voile enchanteur qui dissimule le véritable sens bassement biologique du désir ? » s'interroge Mr Lepetit. Celui qui aime est, en réalité, dans l'illusion de ce qui le détermine biologiquement : simplement à se reproduire et à laisser une empreinte génétique de son être. Derrière tout amour soi-disant pur et désintéressé se cache la pression irrésistible de l'espèce biologique à se perpétuer. Si nous nous attachons ainsi à telle femme ou à tel homme, c'est que certaines qualités sont reconnues ou « senties », des qualités certifiant une progéniture saine et apte à donner elle-même naissance à une génération future également saine. Si la peinture française du 18ème siècle avec Jean-Honoré Fragonard et « Les baigneuses » ou François Boucher et « La toilette de Vénus » exhibent autant de formes généreuses, c'est que ces formes généreuses sont les signes d'un enfantement prometteur où l'embryon et le fœtus seront protégés et choyés, et le nourrisson généreusement allaité au sein maternel.

(Jean-Honoré Fragonard et « Le verrou » : le corps en émoi et la générosité prometteuse de la chair)

 

Arthur Schopenhauer fera dans « Le monde comme volonté et comme représentation » (« Métaphysique de l'amour », chapitre 44 des suppléments au livre 4) le rapprochement entre l'homme et l'insecte. L'insecte jettera son dévolu sur le meilleur fruit ou la meilleure viande pour y déposer ses œufs et ceci sans reculer devant aucune fatigue ou aucun danger. Il s'anéantirait même pour parvenir à son but et parvenir à se reproduire. Cet effort de l’insecte est analogue à celui de l’homme. L'homme portera le même soin que l'insecte à choisir la femme correspondant à ses goûts, et cela sans prudence : il sera prêt à sacrifier sa fortune et même sa vie pour obtenir la femme qui saura recueillir sa semence et lui offrir une immortalité génétique. Nous pouvons prendre l’exemple de l’adultère : lorsque l’homme commet un adultère, il risque de souffrir, mais ce risque pris par l’homme peut entraîner la naissance d’un nouvel être ; cette naissance permettant l’accroissement de l’espèce humaine. Nous pouvons donc voir que l'homme, déterminé par ce but de la procréation pour l'espèce, est capable de tout pour obtenir l'objet de son désir, même de souffrir et de mourir ; telle est la détermination de la passion amoureuse dont la force devient biologiquement explicable. Mais l’homme ne souffre pas pour souffrir, il ne souffre pas pour rien ou en vain : il souffre pour l'intérêt de l’espèce. L'individu est mortel, mais la lignée est éternelle, et quoi de plus naturel pour l'individu que de vouloir enfanter pour survivre au temps qui passe ? Tout romantisme en poésie, toute déclaration d'amour, tout « coup de foudre » prétendument inexplicable, etc. traduisent en réalité cette dynamique propre du corps naturel à vouloir engendrer pour dépasser le cadre d'une vie personnelle brève. La plus « belle » personne dont on tombe amoureux et dont on recherchera scrupuleusement les faveurs est toujours celle qui, secrètement, nous offrira plus tard les plus beaux enfants. Et si ce but n'est finalement pas atteint, la relation deviendra inaboutie, imparfaite, manquée : une impasse de l'espèce, une négation de la vie générique en perpétuelle croissance.

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La conclusion sera menée par Melle Wavrant. Si l'homme semble toujours désirer, à travers l'amour, la communion avec l'autre et la relation sensée, durable et épanouissante, il se méprend effectivement souvent sur le sens de son désir qui peut dissimuler une simple cause biologique comme la réduction d'une tension sexuelle ou la pression de l'espèce devant se renouveler. Outre cela, le désir amoureux peut devenir tyrannique, se changer en passion destructrice qui aveugle l'esprit et l'incline au mal. Mais réduire l'amour à cela en ne voyant que sa dimension sexuelle et passionnelle, c'est nier l'humanité et la dignité d'un rapport humain possible que l'on retrouve pourtant dans l'amitié. Même si un désir sexuel réclame satisfaction et même si la frustration sexuelle peut causer des conduites névrotiques, le désir sexuel véritablement humain doit être encadré par le sentiment, par l'idéal que l'autre aimé n'est pas un simple corps de jouissance mais une identité à assister, à protéger et à choyer.

 (la conclusion donnée par Melle Wavrant : « Réduire l'amour à sa dimension sexuelle, c'est nier la dignité d'un rapport humain possible »)

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Pour clore la conférence, Mr Fournier et Mr Lepetit annoncent la projection d'un court-métrage de 6 minutes qui résumera toute l'ambiguïté de l'amour. Non seulement nous recherchons spontanément tous l'amour et nous nous y perdons souvent, mais même lorsque nous prétendons pouvoir définir ce qu'est l'amour avec rigueur et enthousiasme, nous manquons toujours ce qu'il est véritablement. L'amour est cette réalité insaisissable par la raison et les mots, et dont la nature est d'être trompeuse.

 

Le court-métrage achevé, un débat entre le public et les élèves-conférenciers s'amorce ; débat dynamique au cours duquel des professeurs, des élèves et des surveillants s'interrogent et interrogent les élèves-conférenciers.

 

Plusieurs interventions sont à relever :

 

  • Mme Mauchamp, professeure de français, reconnaît le sens très vague de cette notion qu'est l'amour et qui recouvre « tout et rien à la fois » : l'attachement maternel, la sympathie envers autrui en général, l'amitié, etc.

  • Mr Genero, A.E.D.,évoque le caractère inévitablement éphémère de la relation amoureuse tout en se demandant s'il est vraiment possible de lier la durée voire l'éternité à l'amour.

  • Une élève de première L oppose une condamnation morale nécessaire à l'idée d'une justification du viol dans une optique de perpétuation de l'espèce.

  • Mme Witt, professeure de français, insiste sur les gestes spontanés de tendresse envers le partenaire aimé et qui n'ont pourtant aucune signification sexuelle.

  • Une élève de première L objecte avec pertinence que si l'amour est une illusion au service biologique de la procréation alors l'homosexualité devient inintelligible.

  • Une autre élève de première remarque qu'en ordre général les filles ont plus de difficultés à parler de la sexualité ou ont davantage d'inhibitions que les garçons.

  • Etc.

     

Les élèves-conférenciers sont suscités, et répondent à tour de rôle avec aplomb et clarté.

Des applaudissements clôturent la conférence : les élèves sont chaleureusement félicités pour leur courage à avoir traité un sujet aussi délicat.

(la fin de la conférence : félicitations et interrogations finales)

 

(l'atelier philosophie : 2015-2016)

 

 

 

Remerciements à Mr Jeannin Régis, Mme Payen Violaine, Mme Mauchamp Marie-Laure, Mme Witt Angélique, Mme Morard Françoise, Mr Genero Matthieu, Mme Dougé Patricia, Mme Bienkowski-Jaillant, la première L, les élèves de TS2 & TS3,etc.