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Essai TL 2017

Lycée Jean-Marc Boivin

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VIE AU LYCEE

 

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Les élèves de TL et de seconde 9 de l'atelier philosophie 2016-2017 ont travaillé durant l'année en 11 séances réparties chaque mardi, une fois sur deux, de 15h00 à 16h00 sur un sujet choisi par leur soin, à savoir le questionnement :

 

« L'insouciance de l'enfant est-elle l'image d'un bonheur définitivement perdu ? ».

 

Voici le compte-rendu de leur réflexion, de leur débat critique et de leur investissement :

L'atelier philosophie prenant connaissance de l'ordre du jour.

 

Membres de l'atelier 2016-2017 : Melle Remondini Sarah, Melle Rollandet Noémie, Melle Bailey Léa, Melle Goettelmann Cécilee, Melle Usquin Justine, Melle Pimienta-Bachelard Léa, Melle Goisque Marion & Melle Pommier Hannah.

Professeur référent : Mr El Gatéa.

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INTRODUCTION

Un enfant en bas-âge n'a pas pleinement conscience de ses dires, de ses actions ou encore de ses gestes. En effet, un enfant ne possède pas suffisamment de connaissances pour pouvoir réellement comprendre ce qu'il fait ou encore n'a pas suffisamment de vocabulaire pour exprimer ce qu'il perçoit ou pour analyser ce qu'il ressent. Nous pouvons partir d'une parole simple d'enfant rapportée par Pierre-Antoine Meynier dans « Brèves d'enfant en maternelle : le Bazar fait bien les choses ». Un enfant de 6 ans dit à sa maîtresse : « Mon papa ferme les volets dans ma chambre pour pas que la nuit rentre ». Ici, la nuit n'est pas saisie comme un phénomène naturel succédant au jour lorsque la terre effectue sa rotation sur elle même autour du soleil, elle est comprise comme un personnage à part entière ayant l'intention d'entrer dans la chambre de l'enfant. La nuit, qui est associée à l'inconnu et au mystère, fait naturellement peur à l'enfant car elle peut s'immiscer dans l'intimité de la demeure comme un intrus ayant le projet de kidnapper ou d'engloutir les enfants turbulents. Mais les parents veillent et représentent cette protection réconfortante qui empêche que la nuit étende son voile ténébreux et dévorant. À travers cette simple parole d'enfant, nous avons l'aperçu d'un âge d'insouciance où l'imagination est spontanée, où les angoisses sont permanentes et où l'ignorance de la science conditionne une vision finaliste (féerique ou diabolique) de la nature avec des êtres spirituels peuplant le monde. L'enfance, c'est ainsi l'innocence de la vie, l'allégresse de vivre aveuglément dans l'instant : un âge d'enchantement perpétuel face à un monde qui est à découvrir et qui, ne faisant pas encore sens, est doté d'un sens imaginaire. L'enfant est en effet insouciant, il s'étonne de tout sans jamais s'étonner de rien en particulier ; sa conscience est en éveil, et le passé n'est pas encore rappelé comme l'avenir ne peut être encore considéré. L'homme adulte, désormais conscient, éprouve parfois la nostalgie de cet âge où il ne connaissait ni doutes, ni désillusions, ni préoccupations, ni responsabilités à assumer. Faut-il préférer cette vie heureuse et insouciante de l'enfant à la vie douloureuse et consciente de l'adulte ? Est-il possible pour l'homme de retrouver dans l'existence qui est la sienne cet émerveillement enfantin en se détachant des nécessités de l'action et de la société ? Est-ce par le jeu ou l'art que l'homme pourra, sans nier pour autant son humanité, connaître à nouveau l'ivresse d'une vie simple et spontanée ?

Nous soulignerons ainsi, dans un premier temps, que l'adulte joue constamment à être insouciant tout en regrettant ce temps où il l'était réellement pour ensuite admettre que l'enfance est un état définitivement révolu qu'il faut savoir abandonner pour pouvoir bâtir un sens à son existence et finalement reconnaître que l'enfance est l'image tragiquement perdue d'un abandon naturel aux forces créatrices de la vie.

 

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GROUPE 1

Melle Remondini Sarah/Melle Rollandet Noémie/Melle Bailey Léa

« Brainstorming », et premières intuitions saisies au vol !

 

Thèse défendue : l'adulte joue constamment à être insouciant tout en regrettant ce temps où il l'était réellement

L'enfance est l'image d'un bonheur complet mais passé, et l'adulte reste nostalgique de cette insouciance qui l'accompagnait lorsqu'il était enfant, lorsqu'il riait de tout et s'émerveillait constamment de chaque chose aperçue. L'adulte jalouse surtout à l'enfant cette joie spontanée qui l'emporte dans le jeu, car un adulte ne peut jouer ainsi en oubliant tout sérieux, comme le ferait un enfant capable de s'amuser au point d'oublier le monde extérieur et les responsabilités à assumer. Pour l'enfant, le jeu est une chose naturelle lui permettant de s'évader librement dans un imaginaire innocent, ou d'imiter une chose vue par hasard dans la quotidienneté comme le jeu du papa et de la maman traduisant l'envie d'être un jour grand et responsable. Pour un adulte, le jeu apparaît souvent ridicule ou puéril parce qu'il ne débouche sur rien de rentable ou d'utile. Outre cela, l'adulte est conscient que certains désirs ou rêves sont insensés et irréalisables étant donné les contraintes de la réalité et les obligations professionnelles, et si certains désirs sont symboliquement réalisés par le jeu, l'adulte est conscient que tout jeu connaît un terme et que ses désirs imaginaires resteront insatisfaits dans la réalité. Le jeu n'est jamais pour l'adulte un but en soi, il n'est qu'un moyen de passer le temps agréablement, de se distraire pour reprendre des forces avant le travail ou encore de remporter des gains supplémentaires comme dans les jeux de hasard.

Blaise Pascal, dans le passage « Misère de l'homme sans Dieu » des « Pensées », montre le désarroi de l'homme qui ne cesse de vouloir échapper à sa condition mortelle et fragile en accumulant en pure perte des amusements qui ne dissiperont que momentanément sa conscience ; celle-ci revenant inévitablement une fois le divertissement fini. L'adulte envie ce jeu insouciant où il pouvait être ce qu'il voulait, sans conscience et sans contraintes. L'homme demeure conscient de ses actes et de ses pensées, il sait qu'il ne saurait échapper à son sens moral et à ses devoirs, au monde lui-même, et c'est pourquoi, lorsqu'il joue, il ne saurait s'abandonner entièrement à la gratuité de ses sens en suivant chacune de ses impulsions. Il est impossible qu'un adulte puisse jouer spontanément sans se soucier du jugement d'autrui et de la honte qu'il ressentirait à se conduire comme un enfant. Le travail étant une contrainte épuisante, il est naturel toutefois que l'homme recherche à s'y dérober, à le contourner par le divertissement qui lui procure du plaisir. Cependant ce plaisir est très bref et les préoccupations de son esprit reviennent rapidement ; ce qui fait de l'innocence de l'enfant un idéal inaccessible, l'idéal d'un état sans conscience où l'amusement fait corps avec le mouvement spontané de la vie. Dans ce sens, la plupart des adultes ne sont pas capables d'échapper à leur conscience. Pour pouvoir agir inconsciemment, un adulte devrait être dans un état second (passion, drogue, alcool, etc.) ou alors seul, à l'abri des regards de personnes qui le jugeraient. L'homme envie l'enfant et regrette le passé. Il joue pour tromper l'ennui ou pour se détendre des efforts fournis au travail mais un sentiment de mélancolie l'étreint toujours même dans le jeu ; le sentiment que la période de l'enfance, qu'il a pourtant bien connue, est désormais définitivement révolue.         

 

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GROUPE 2

Melle Pimienta-Bachelard Léa/Melle Goettelmann Cécilee/Melle Usquin Justine

Relecture studieuse et convaincue du travail effectué.

 

Antithèse défendue : Mais l'enfance est un état révolu qu'il faut savoir abandonner pour construire un sens à son existence

 

L'enfant est naïf et ne se rend pas compte de la vie véritable. Désirer retourner à un tel état serait vouloir revenir à un état d'ignorance et de crédulité et nier ainsi le progrès accompli depuis lors. Outre cela, un tel désir ne peut être que l'illusion suprême, car l'homme est déterminé par la flèche temporelle, et les changements qu'il connaît sont irréversibles. On ne peut revenir en arrière dans le temps et la sortie de l'enfance est non seulement inéluctable mais aussi définitive. L'adulte se fait d'ailleurs une image fausse de son enfance, une image idéalisée à partir de souvenirs partiels d'un passé recomposé qu'il n'a peut-être jamais vécu comme tel.

L'éveil de la raison, grâce à l'éducation et au travail, a accompli les potentialités qui sommeillaient en lui : la conscience morale, le langage et le raisonnement abstrait. Emmanuel Kant montre ainsi dans le livre I de la « Critique de la raison pratique » que, contrairement à l'enfant, l'homme peut se rendre attentif à la voix de sa conscience morale en comprenant le sens du devoir qui s'énonce comme un impératif catégorique : « je dois car je dois ». Accéder à la notion de responsabilité personnelle exige un développement supérieur, et sans culture, sans socialisation, l'homme ne saurait accomplir son humanité ; ce qui signifie que l'enfance est un état en friches où l'homme n'est encore rien et que c'est en sortant de l'enfance que l'homme cultivera sa nature. Alors que l'enfant est encore emprisonné dans sa nature biologique faite d'égoïsme et de caprices, l'homme adulte parvient à domestiquer ses impulsions et à poser des valeurs en donnant un sens à son existence. Sans cette éducation reçue et les enseignements tirés des égarements de l'enfance, l'homme serait pareil à un animal incapable de s'entendre avec ses semblables et préférant la paresse des désirs à la dignité de l'effort et du progrès. Être ainsi hanté par l'image bienheureuse d'un passé rêvé ne peut être qu'un détournement de ses responsabilités de sujet moral. L'homme doit ainsi accepter le changement et faire de l'histoire un moteur d'humanisation, d'amélioration et de perfectionnement constant de sa nature.

 

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GROUPE 3

Melle Goisque Marion/Melle Pommier Hannah

Perplexité et doute : « Mais comment résoudre un tel sujet ? »

 

Synthèse défendue : ainsi, l'enfance est l'image perdue d'un abandon naturel aux forces créatrices de la vie

L'enfance est une période de la vie qui reflète une forme de passivité face à la nature c'est-à-dire que l'enfant ne cherche pas à dominer la nature comme le ferait l'homme adulte, il naît en ayant encore tout à apprendre. L'enfant observe sans examen critique, écoute sans comprendre, tâtonne sans direction claire et c'est seulement à l'âge adulte, une fois les choses découvertes et assimilées, que l'homme saisira la nécessité de dominer la nature environnante mais aussi sa propre nature animale. Par là, les créations de l'adulte révèlent la rigueur et la maîtrise de la raison, contre les impatiences et les égarements de la jeunesse. Si l'enfant, en s'amusant, crée aussi en exerçant ses forces, ses œuvres sont hésitantes, car il ne dispose pas encore d'une raison achevée pour donner une forme rationnelle à ses œuvres. Cependant si les ouvrages de la jeunesse ne sont pas aussi rationnels que ceux de l'adulte, ils révèlent néanmoins une créativité libre et spontanée en dehors des codes moraux et sociaux imposés. La raison est en effet souvent une entrave à l'action libre et un enfant, n'ayant pas conscience du temps (erreurs commises, crainte de l'avenir), n'ayant pas de règles à appliquer, n'ayant pas de devoirs à accomplir, etc. agit sans scrupules, sans remords, sans frilosité en s'abandonnant à la créativité vitale.

Dans « Considération inactuelle : de l'utilité et des inconvénients de l'histoire pour la vie », Friedrich Nietzsche souligne justement que l'enfant, qui n'a pas encore un passé à nier « joue, aveugle et comblé entre les barrières du passé et de l'avenir ». Cette liberté créatrice de l'enfant se retrouve aussi dans son imaginaire, dans la simplicité de ses rêves où, la censure inconsciente n'existant presque pas avec une intériorisation encore timide des interdits moraux et sociaux, les désirs se manifestent clairement et sont directement satisfaits. Freud cite dans « Sur le rêve » (chapitre 3), le cas d'un enfant de 22 mois, Herman, qui, n'ayant pu dans la journée se rassasier à volonté de cerises, rêve la nuit : « Herman a mangé toutes les cerises ». La raison de l'adulte, contrairement à l'insouciance de l'enfant, est ainsi incapable de créer de la nouveauté et de libérer des actes ou des songes entièrement libres coupés du passé et aveugles à l'avenir.

 

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CONCLUSION

L'enfance est un âge que les hommes ont tous connu, un âge perdu qui est toujours idéalisé par rapport au présent qui est source d'insatisfactions. Un enfant n'est pas préoccupé par l'avenir, ignore ce qu'est la mort et n'a aucune responsabilité à assumer. Dès lors, protégé par ses parents qui prennent les décisions à sa place, il peut être dit heureux.

S'apercevoir qu'on est heureux, c'est ne plus l'être, et l'enfant n'ayant pas encore l'aperçu de lui-même, du monde environnant et du futur à assumer vit dans un temps circulaire et heureux proche de l'éternité jusqu'à ce que sa conscience s'éveille et qu'il devienne adulte dans un temps historique marqué par l'ennui et la mélancolie d'un âge définitivement révolu.

 

 

Félicitations aux élèves pour leur assiduité, pour leur bonne humeur, leur implication en dehors des heures de cours, et la qualité de leur réflexion !